Déséquilibre de la flore intime : reconnaître les symptômes

Variations hormonales, hygiène agressive, traitements… quand l’équilibre de la flore intime se fragilise, surviennent parfois des sensations d’inconfort, des vaginoses, des vaginites… Quels sont les mécanismes de cette flore protectrice ? Quels signes doivent attirer l’attention ? Explications du Docteur Jemina Fazal-Janot, gynécologue, pour mieux comprendre et préserver son microbiote vaginal.

Déséquilibre de la flore intime

La flore intime : un sujet relativement peu étudié

Le microbiote vaginal est une particularité propre à l’espèce humaine : nous sommes en effet la seule espèce de mammifère chez laquelle il est, le plus souvent, dominé par des bactéries du genre Lactobacillus. À la fin du XIXᵉ siècle, les travaux du gynécologue allemand Albert Döderlein, décrivent pour la première fois la présence de bactéries dans le vagin, associées à une acidification du milieu vaginal. Petit à petit, il devient alors évident que l’absence de ces bactéries protectrices favorise l’apparition de diverses pathologies gynécologiques. Un grand pas a été fait !

Malheureusement aujourd’hui la flore vaginale est encore peu étudiée, constate Jemina Fazal-Janot, médecin gynécologue. Par exemple, en 2024, sur le site Web of Science, on trouve plus de 110 000 articles sur le microbiote intestinal et seulement autour de 3 400 articles sur le microbiote vaginal. La flore intestinale est un écosystème plus diversifié et plus universel avec des très nombreux champs d’application, ce qui explique probablement son grand intérêt. Mais cet intérêt profite indirectement aux recherches de la flore intime. En effet, on s’est rendu compte qu’il y a une interconnexion entre ces deux flores : quand il y a un déséquilibre au niveau digestif, on retrouve souvent un déséquilibre au niveau vaginal. La relation intestin- vagin est devenue un axe de recherche assez émergent, qui permet des avancées au niveau de la santé féminine.

Le rôle protecteur fondamental de la flore intime

La flore intime, composée majoritairement de lactobacilles, joue un rôle protecteur via trois mécanismes principaux, rappelle le Docteur Jemina Fazal-Janot, gynécologue : 
- une barrière chimique : son pH acide, entre 3,8 et 4,5 empêche la prolifération de certaines bactéries,
- une barrière physique et compétitive : le fait même de coloniser l’espace ne laisse pas facilement de place aux agents pathogènes pour s’accrocher et se nourrir,
- une barrière immunitaire locale : les systèmes immunitaires dialoguent pour moduler l’inflammation et permettre de se défendre contre les organismes pathogènes tout en gardant un certain équilibre, permettant par exemple aux spermatozoïdes de ne pas être détruits.

Comment évolue la flore intime au cours de la vie d'une femme

La flore intime évolue naturellement tout au long de la vie sous l'influence des hormones, en particulier des œstrogènes explique le Docteur Jemina Fazal-Janot, gynécologue.

- Chez la petite fille, avant la puberté, le taux d'œstrogènes est faible. La muqueuse vaginale, plus fine, produit peu de glycogène, principale source de nourriture des lactobacilles. Le pH vaginal est moins acide et le microbiote est plus diversifié. 
- À la puberté, avec l'augmentation progressive des œstrogènes, la muqueuse s'épaissit et produit davantage de glycogène. Les lactobacilles se développent progressivement, jusqu'à représenter environ 70 à 90 % du microbiote vaginal. 
- Pendant les règles, le sang menstruel, dont le pH est plus alcalin, modifie temporairement le pH vaginal. Chez les femmes dont la flore est déjà fragile, cette variation peut favoriser un déséquilibre passager. 
- Pendant la grossesse, le microbiote vaginal est le plus riche en lactobacilles grâce à l'augmentation des œstrogènes. Toutefois, certaines femmes peuvent malgré tout présenter une dysbiose, susceptible d'être associée à un risque accru de complications comme la prématurité, d'où l'intérêt de dépister et de corriger un déséquilibre avant ou au début de la grossesse. 
- Après l'accouchement, la chute rapide des hormones, renforcée pendant l'allaitement, peut entraîner une diminution des lactobacilles et rendre la flore plus vulnérable, entraînant parfois de l’inconfort. 
- À l'approche de la ménopause puis après celle-ci, la baisse des œstrogènes réduit de nouveau la production de glycogène, ce qui entraîne une diminution parfois très importante des lactobacilles : jusqu’à 10 à 100 fois moins ! Le pH devient moins acide, les bactéries opportunistes se développent plus facilement et les symptômes tels que la sécheresse intime, les irritations ou les infections récidivantes deviennent plus fréquentes.

Repérer les signes de déséquilibre de la flore intime

La vaginose bactérienne

Une vaginose correspond à une flore vaginale déséquilibrée. On y observe une diminution des lactobacilles, les bactéries protectrices à l’état sain, une augmentation de bactéries opportunistes, une perturbation du pH vaginal, qui est devenu moins acide. Avant même que la vaginose ne soit diagnostiquée, certains signes peuvent apparaître. Selon Jemina Fazal-Janot, médecin gynécologue, il est important d'être attentive à tout changement inhabituel, même discret :
- des démangeaisons intimes ;
- des brûlures au niveau de la vulve ou du vagin ;
- des picotements ;
- une sensation de chaleur ou d'inflammation ;
- des tiraillements des muqueuses ;
- une impression d'humidité persistante ;
- des modifications inhabituelles des pertes vaginales (plus abondantes, de couleur grisâtre ou blanchâtre…), 
- une odeur de poisson surtout après les rapports sexuels… 
Ces manifestations peuvent être ponctuelles ou récurrentes. Elles surviennent parfois après une prise d'antibiotiques, pendant les règles, après un rapport sexuel ou lors d'une période de stress ou de fatigue importante.

La vaginite

Il s’agit d’une inflammation du vagin, qui souvent concerne également la zone vulvaire. Les signes sont l'apparition de démangeaisons, de brûlures, de picotements, d'irritations, d'une sécheresse anormale, de douleurs lors de la miction ou des rapports sexuels, une rougeur ou un gonflement de la vulve. Il peut s’agir d’une simple irritation provoquée par un élément extérieur. Mais l’inflammation peut aussi être d’origine infectieuse. La candidose vaginale est une infection très répandue, qui se caractérise classiquement par une triade associant démangeaisons, brûlures et picotements, accompagnés de pertes blanches épaisses et grumeleuses, souvent comparées à du fromage blanc, rappelle le Docteur Jemina Fazal-Janot, gynécologue. Lorsque la gêne survient principalement au moment d'uriner, il faut penser à la cystite, en particulier chez les femmes sujettes aux récidives. Enfin, certaines infections sexuellement transmissibles peuvent provoquer des symptômes proches. L'herpès génital, par exemple, se manifeste par des picotements, de petites vésicules, des ulcérations et des lésions douloureuses nécessitant une consultation rapide.

Si la/le gynécologue ou la/le médecin ne sont pas disponibles rapidement, il est généralement possible de faire un auto-prélèvement dans un laboratoire sans prescription, notamment à la recherche d’une infection sexuellement transmissible. En pharmacie, des autotests existent pour tester le pH du vagin : s’il est normal, cela peut être plus facilement une mycose ; s’il est élevé plus facilement une vaginose. Si malgré le traitement donné en pharmacie, il n’y a pas d’amélioration dans les deux ou trois jours qui suivent, il faut prendre un avis médical. Dans le cas où des pertes sont purulentes, associées à des douleurs pelviennes, de la fièvre ou d’autres signes inhabituels alarmants, il faut appeler le 15 ou se rendre aux Urgences.

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FAQ

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1. Quelle est la différence entre une vaginite et une vaginose ?

Une vaginite est une inflammation du vagin, la plupart du temps infectieuse (champignon, virus, bactérie, parasite) et symptomatique. Une vaginose bactérienne correspond à un déséquilibre de la flore vaginale, parfois asymptomatique ou très discrète, avec une diminution des lactobacilles et une prolifération de bactéries opportunistes.

2. Une vaginite est-elle toujours infectieuse ?

Non. L’inflammation du vagin peut résulter d’une infection, mais aussi d’une simple irritation (sous-vêtements en matière synthétique, produits chimiques contenus dans les produits d’hygiène ou les serviettes hygiéniques…), d’une allergie, d’une baisse des œstrogènes…

3. La composition de la flore vaginale est-elle statique ?

Non. La composition de cette flore varie de jour en jour en fonction des facteurs intrinsèques et extrinsèques tels que l’âge de la femme, les taux d’hormones, les pratiques sexuelles, l’environnement, la prise de médicaments comme les antibiotiques…