Comment préserver l’équilibre de sa flore vaginale

La flore vaginale est un écosystème dynamique et protecteur, à l’équilibre fragile. Lorsqu’un
déséquilibre s’installe, le confort et la santé intime peuvent se dégrader. Comprendre ce microbiote et ce qui le fragilise, c’est apprendre à mieux en prendre soin et le protéger. Voici les gestes essentiels au quotidien ! Avec les explications du Docteur Jemina Fazal-Janot, gynécologue.

Flore vaginale

Reconnaître la fragilité de la flore intime

La flore vaginale, ou microbiote vaginal, est un écosystème naturellement dominé par des bactéries protectrices du genre Lactobacillus, qui jouent un rôle clé dans le maintien d’un pH acide (autour de 3,8 à 4,5) grâce à la production d’acide lactique. Cet environnement limite la prolifération de micro-organismes pathogènes. Le microbiote vaginal est dynamique et se module en fonction de nombreux facteurs (tabac, alcool, fatigue, stress, alimentation, traitements, hygiène intime, variations hormonales…). Lorsque son équilibre est perturbé, on observe une diminution des lactobacilles, ce qui peut avoir un impact sur la santé vaginale.

En France, il n'existe aucune recommandation de traiter un déséquilibre de la flore intime asymptomatique, nous apprend Jemina Fazal-Janot, médecin gynécologue. Cependant, à l'échelle individuelle, repérer une dysbiose fait partie de la prévention : on ne va pas forcément avoir un bénéfice immédiat, mais probablement sur le long terme. Pendant la grossesse, c'est intéressant de s’intéresser au déséquilibre de la flore, car l’on sait qu'une dysbiose aggrave le risque d'accouchement prématuré. Dans le cas d’une assistance médicale à procréation, une dysbiose peut parfois perturber la fertilité en particulier chez les femmes immunodéprimées. Un déséquilibre de la flore augmente aussi le risque d'attraper un papillomavirus ou peut lui permettre de sortir de son état silencieux. Quelques études montrent également qu’une dysbiose augmenterait le risque de contracter le sida, l’herpès, la chlamydia. Ce qui est sûr, c’est qu’une dysbiose modifie l'immunité locale.

Limiter au maximum l’utilisation des antibiotiques

Les antibiotiques, s'ils sont indispensables dans certains cas, constituent l'un des principaux facteurs de déséquilibre du microbiote intestinal comme vaginal, confirme le Docteur Jemina Fazal-Janot, gynécologue. En effet, l’action des antibiotiques n'est pas sélective : ils détruisent les mauvaises bactéries comme les bonnes. À chaque nouvelle antibiothérapie, notamment lorsqu'elles sont répétées (par exemple pour traiter des infections urinaires récidivantes), le risque d'installer un cercle vicieux augmente : la dysbiose favorise les infections, qui conduisent à de nouvelles prescriptions d'antibiotiques, entretenant ainsi le déséquilibre du microbiote. Dans le cadre de cystites récidivantes, afin de limiter cet effet d’engrenage, il vaut mieux éviter les antibiotiques 
lorsque cela est possible et se tourner vers des solutions naturelles comme l’extrait concentré de Cranberry (Canneberge d’Amérique), souvent couplé à du D-mannose et à d’autre plantes apaisantes ou diurétiques comme le Pissenlit. Des probiotiques ciblant en même temps le microbiote intestinal et le microbiote vaginal peuvent être administrés au moment de la prise de l'antibiotique, puis poursuivis quelques semaines après le traitement chez les patientes présentant un terrain fragile. Restaurer un équilibre au niveau du microbiote est aujourd'hui une piste privilégiée pour réduire le risque de récidive. 

Éviter les agents perturbateurs de la flore intime

L’impact du tabac

Il n’a pas de débat là-dessus : le tabac est un toxique qui va impacter le corps dans sa globalité et notamment en altérant les défenses immunitaires. Au niveau vaginal, en réduisant le taux de glycogène, la nourriture du lactobacille, et en impactant l’oxygénation des tissus, le tabac va bien entendu engendrer des déséquilibres et des troubles. On sait que les fumeuses ont une flore plus fragile avec des risques plus accrus d'infections récidivantes. À prendre en compte aussi sur le plan respiratoire : les bronchites chroniques qui vont entraîner la prise d’antibiotiques et dégrader la flore encore un peu plus.

L’impact du surpoids et de l’hyperglycémie

L'état d'inflammation chronique de bas grade caractéristique de l'obésité peut également altérer les défenses immunitaires locales et déstabiliser le microbiote. Par ailleurs, bien que l'obésité ne soit pas une cause directe des mycoses vaginales, les facteurs qui l'accompagnent tels qu'un diabète de type 2 mal équilibré, une glycémie élevée ou une plus grande humidité des plis cutanés peuvent favoriser la prolifération des champignons et augmenter le risque de candidose vaginale.

L’impact des perturbations hormonales

Les perturbations hormonales ont un impact direct sur le microbiote vaginal, principalement parce que les hormones sexuelles, et en particulier les œstrogènes, stimulent l'épaississement des tissus vaginaux et favorisent l'accumulation de glycogène dans les cellules. Lorsque ces cellules se renouvellent, le glycogène est libéré puis transformé en nutriments utilisables par les lactobacilles. En retour, ces bactéries produisent de l'acide lactique, qui maintient un pH vaginal acide, limitant ainsi le développement des bactéries et des champignons pathogènes. À l'inverse, lorsque le taux d'œstrogènes diminue ou fluctue (puberté, post-partum, allaitement, périménopause, ménopause, certains traitements hormonaux ou certaines pathologies endocriniennes), la production de glycogène diminue également. Les lactobacilles disposent alors de moins de substrat pour se développer.

L’impact de la sexualité

La fréquence des rapports sexuels joue un rôle direct sur l’équilibre du microbiote vaginal, explique le Docteur Jemina Fazal-Janot, gynécologue. En effet, le sperme ayant un pH alcalin (environ 7 à 8), chaque éjaculation entraîne une modification transitoire du pH vaginal et peut temporairement freiner l’activité des lactobacilles. Lors de rapports occasionnels, cet équilibre se rétablit généralement rapidement, en quelques heures, mais lorsque les rapports sont fréquents, cette perturbation se prolonge, laissant davantage de temps aux bactéries anaérobies pour se développer. À cela s’ajoute l’effet du nombre de partenaires : chaque nouveau partenaire expose le vagin à un microbiote différent (oral, cutané ou génital), ce qui constitue un stress supplémentaire pour l’écosystème local. L’usage du préservatif permet de limiter ces variations en faisant barrière au sperme alcalin et aux échanges microbiens. Par ailleurs, certains lubrifiants, notamment ceux contenant du glycérol ou présentant une forte osmolarité, peuvent aussi contribuer au déséquilibre du microbiote intime. 

Adopter une hygiène intime douce

Contrairement aux idées reçues, c'est souvent l'excès d'hygiène qui perturbe le plus le microbiote vaginal, rappelle Jemina Fazal-Janot, médecin gynécologue. L'utilisation répétée de savon peut altérer le film hydrolipidique protecteur de la vulve, favoriser la sécheresse et fragiliser les muqueuses. En particulier l’été quand on peut avoir besoin de se laver plusieurs fois par jour. Les douches vaginales sont également à proscrire car elles déséquilibrent directement la flore vaginale. De même, une épilation intégrale ou trop agressive peut provoquer des microlésions, favorisant irritations et folliculites. Les gestes du quotidien ont aussi leur importance : aux toilettes, l'essuyage doit toujours se faire d'avant en arrière afin de limiter le transfert de bactéries intestinales vers la vulve. Durant les règles, il est recommandé de privilégier des serviettes hygiéniques non parfumées, idéalement en coton et sans substances chimiques, tout en les renouvelant régulièrement. Enfin, les sous-vêtements en matières synthétiques, qui retiennent chaleur et humidité, sont à éviter au profit du coton. Chez les femmes particulièrement sensibles, des sous-vêtements blancs, sans colorant, sont préférables afin de limiter le risque de réactions aux teintures textiles. Plus largement, tous les vêtements en contact avec la zone intime doivent rester suffisamment amples pour ne pas engendrer de frottements et de macération.

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FAQ

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1. Le stress chronique fragilise-t-il la flore vaginale ?

Oui, le stress chronique peut fragiliser la flore vaginale en perturbant les défenses immunitaires et l'équilibre hormonal. Sous l’effet du stress, la libération de cortisol participe à détruire le glycogène, un carburant essentiel pour les lactobacilles.

2. Le préservatif protège-t-il la flore vaginale lors des rapports sexuels ?

Oui, le préservatif contribue à préserver l'équilibre de la flore vaginale en limitant l'exposition au sperme dont le pH alcalin peut modifier temporairement le pH vaginal, ainsi qu'aux micro-organismes du partenaire.

3. L’équilibre de la flore est-il une question d’hygiène ?

Oui et non. Une alimentation déséquilibrée, l’alcool et le tabac fragilisent le microbiote, donc oui, l’hygiène de vie est capitale. Par contre, trop d’hygiène au niveau de la zone intime est un facteur favorisant les déséquilibres ; c’est pourquoi il faut être très vigilante à tout ce qui entre en contact avec les muqueuses intimes (produits, protections hygiéniques, lubrifiants, sous-vêtements…).