Histoire de la Mélisse : origines et tradition

Découvrez l'histoire de la Mélisse, célèbre pour ses propriétés sédatives. De ses origines aux usages traditionnels, jusqu'à la phytothérapie d’aujourd’hui. Par Jacques Fleurentin, docteur en pharmacie et président de la Société Française d’Ethnopharmacologie.

Image qui représente la plante Mélisse

Découvrons comment la Mélisse est passée d’un remède d’antan à une plante médicinale reconnue en pharmacie

Chacun reconnaît cette petite herbacée aux feuilles gaufrées qui libère au froissement une extraordinaire odeur de citronnelle et parfume les tisanes. La Mélisse (Melissa officinalis L.) était déjà conseillée par le père de la médecine, Hippocrate, il y a 2400 ans pour soulager les affections digestives et il y a 1000 ans par Rhazès, médecin arabo-persan, pour chasser le chagrin. En Europe, la médecine populaire en fait grand usage ; elle est l'objet d'une attention particulière de la part des médecins qui la prescrivent dès le XIXe siècle. Le secteur pharmaceutique l’inclut dans de nombreuses préparations officinales. La recherche scientifique a confirmé ses indications traditionnelles et a découvert de nouvelles propriétés intéressantes. La Mélisse est une plante médicinale reconnue par la Pharmacopée européenne.

Botanique : descriptif de la Mélisse, zone géographique, particularité de son habitat naturel

La Mélisse officinale (dénomination scientifique : Melissa officinalis L. - famille botanique : Lamiacées) est une plante herbacée, vivace, de 30 à 80 cm, à tiges carrées et ramifiées portant des feuilles gaufrées vert foncé sur le dessus et vert clair au-dessous. Ses petites fleurs à deux lèvres blanchâtres ou violacé clair sont disposées en verticilles à l'aisselle des feuilles qui donneront de minuscules graines noires allongées. La plante forme des touffes denses. Froissées, les feuilles dégagent une forte odeur citronnée, d'où son appellation de Mélisse citronnelle, à ne pas confondre avec les citronnelles herbacées exotiques du genre Cymbopogon. Ses fleurs font le délice des abeilles d’où son nom botanique melissa signifiant l’abeille en grec.

Elle est originaire de la partie orientale du bassin méditerranéen et s'est largement répandue dans toute l'Europe. Elle croît jusqu'à 1000 m d'altitude dans les friches et les bords des chemins. Elle apprécie les sols riches en humus et bien drainés et se cultive facilement depuis l'Antiquité mais ne doit pas être récoltée sauvage car elle figure sur la liste rouge européenne des espèces menacées. Elle est également condimentaire : les jeunes pousses crues sont ajoutées dans la salade ou cuites avec des légumes.

Origine, histoire et usages traditionnels de la Mélisse

La Mélisse officinale est mentionnée dans les traités de médecine grecque par Hippocrate au IVe siècle avant J.-C. pour ses effets sur le système digestif et dans les traités de médecine arabo-persane par Avicenne au XIe siècle qui vante ses actions digestives, carminatives et anthelminthiques. Mais ces médecines savantes lui confèrent d’autres indications : Rhazès la conseillait contre les chagrins et la mélancolie et les anciens l’appelaient « la gaieté du cœur ». En Perse, elle était réputée calmer les renvois et dissiper les soucis. Au XIXe siècle, en Europe, Cazin la conseille dans les spasmes abdominaux, la nervosité, l’hystérie et les palpitations.

La médecine populaire lui octroie des effets bénéfiques dans les insuffisances digestives et les douleurs abdominales. On la classait habituellement dans les plantes du système digestif, or les médecines savantes lui ont également attribué des vertus au niveau du système nerveux central, ce qui a suscité des études pharmacologiques.

Une formule confidentielle, probablement issue d’un parchemin moyen-oriental, associant 13 plantes et 9 épices, a été confiée au couvent parisien des Grands Carmes qui, dès 1611, préparent l’Eau de Mélisse des Carmes. C’est un alcoolat réputé contre les troubles digestifs et la nervosité qui jouit encore d’une grande notoriété et dont la production se poursuit de nos jours. Les brevets avaient été repris en 1834 par une société créée par Amédée Boyer.

Usage actuel de la Mélisse en phytothérapie et aromathérapie

La plante est utilisée sous deux formes :

. Les feuilles fraîches ou séchées sont médicinales ; elles sont récoltées avant la floraison sinon elles peuvent dégager une odeur de punaise. Pour être médicinale et conforme à la Pharmacopée européenne, la feuille sèche doit contenir au minimum 4 % de dérivés hydroxycinnamiques exprimés en acide rosmarinique. La plante est utilisée en phytothérapie.

. L'huile essentielle à odeur citronnée, est obtenue par distillation des feuilles avec un rendement faible car 7 tonnes sont nécessaires pour l’obtention d’un litre. L’huile essentielle est utilisée en aromathérapie.

Constituants de la Mélisse

. La feuille : les principaux constituants sont des acides triterpéniques (ursolique et oléanolique), des flavonoïdes (dérivés du quercétol et du lutéolol) et des acides phénols comme les acides rosmarinique (4 %), caféique et chlorogénique. L’odeur citronnée est due à la présence d’huile essentielle (0,05 à 0,3 %) riche en néral, géranial et citronellal, dont la teneur ne doit pas être inférieure à 0,05 % ; elle contient aussi du β‐caryophyllène et du germacrène D.

. L'huile essentielle : les principaux constituants sont des aldéhydes monoterpéniques avec du géranial, du néral et du citronnellal ainsi que des carbures sesquiterpéniques avec du β‐caryophyllène et du β‐cubébène.

Propriétés de la feuille de Mélisse

. Effets sédatif, inducteur du sommeil, analgésique et antispasmodique : la Mélisse est une plante qui agit à la fois sur le système nerveux central, mais aussi le système digestif.

. Effet cardio-régulateur : la Mélisse régularise les palpitations chez l'homme, montre des effets antiarythmiques et améliore la fonction cardiaque après une ischémie. Une méta-analyse clinique montre une diminution de la tension artérielle.

. Effet antiviral : l’extrait aqueux est antiviral contre le virus de l’herpès, à la fois dans les tests sur cultures cellulaires et lors d’essais cliniques en application locale, et contre les virus de type influenza et HIV‐1. 

. Autres effets : une action antiradicalaire, hypocholestérolémiante et protectrice du foie. Des effets antithyroïdiens d'extraits aqueux, obtenus par macération dans l’eau froide, réduisent les taux de la thyréostimuline sérique.

Propriétés de l'huile essentielle de Mélisse

L’huile essentielle de Mélisse possède des effets antispasmodique, sédatif et inducteur du sommeil qui lui confèrent des indications thérapeutiques dans l’anxiété, l’hystérie, l’intestin irritable, la nausée, les vomissements et la mauvaise haleine.
Une action anti-inflammatoire l'indique en massage dans les courbatures et les douleurs musculaires. On observe également une régulation du rythme cardiaque et une baisse de la tension artérielle. Un effet contre le virus de l’herpès a aussi été démontré.

Synthèse : la Mélisse est une plante antispasmodiques intestinale, sédative et cardio-régulatrice.

Les anciens avaient bien perçu cette triple action au niveau des systèmes digestif, nerveux et cardiaque. Les travaux de pharmacologie ont largement confirmé ces indications montrant des effets antispasmodique, anti-ulcéreux et hépatoprotecteur d’une part et sédatif, inducteur du sommeil et cardio-régulateur et analgésique d’autre part. Elle possède également des propriétés antivirales vis-à-vis du virus de l’herpès.

La Mélisse est la plante de référence pour des personnes qui, lors de stress, ont des perturbations digestives ou des colites intestinales : elle agit à la fois sur le système nerveux central et la sphère digestive. Cette plante médicinale a toute sa place en herboristerie et en phyto-aromathérapie.

Indications officielles de la Mélisse en tant plante médicinale

Les feuilles de Mélisse officinale sont traditionnellement indiquées par voie orale d'une part pour soulager le stress mental et les troubles mineurs du sommeil, et d'autre part dans les troubles gastro-intestinaux comme les ballonnements et les flatulences de l’adulte et de l’enfant de plus de 12 ans (EMA 2013). D’autres indications thérapeutiques sont rapportées en usage externe contre l’herpès labial (OMS) et par voie orale contre les nausées de la grossesse et les bourdonnements d’oreilles. La Mélisse est notamment dispensée en pharmacie. Les feuilles sont inscrites à la Pharmacopée européenne et disposent d’une monographie analytique de contrôle.

Formes galéniques et conseils d’utilisation de la Mélisse

. En infusion : 1,5 à 4,5 g de feuilles de Mélisse officinale séchées pour respectivement 1/4 à 1/2 litre d’eau par jour à boire après le ou les repas contre les troubles digestifs et 1⁄2 heure avant le coucher contre l’insomnie (EMA, 2013).

. En gélule : feuilles de Mélisse officinale sous la forme d’extrait sec concentré (bio). En association avec la Grande camomille contre les maux de tête (MAUX DE TÊTE Flash Naturactive). En association avec la Camomille matricaire et l’Angélique contre les maux de ventre (MAUX DE VENTRE Flash Naturactive). La Mélisse entre également dans des formules dédiées au sommeil (SERIANE SOMMEIL).


Références bibliographiques :

- Aubert P. et al., 2019. Basal spasmolytic Effects of a hydroethanolic extract of Melissa officinalis L. on intestinal motility, an ex vivo study. J. Med. Food : 22(7) ; 653-662.

- Ghazizadeh J. et al., 2021, The effect of lemon balm (Melissa officinalis L.) on depression and anxiety in clinical trials: a systematic review and meta-analysis. Phytother. Re. : 35(12) ; 6690-705.

- Petrisor G. et al., 2022. Melissa officinalis: Composition, Pharmacological Effects and Derived Release Systems. Int. J. Mol. Sci. : 23(7) ; 3791.

- Shakeri A. et al., 2016. Melissa officinalis. A review of its traditional uses, phytochemistry and pharmacology. J. Ethnopharmacol. : 188 ; 204-228.

- Community herbal monograph of Melissa officinalis L. folium, 2013, EMA, 7p.

- Assessment report on Melissa officinalis, 2013, EMA, 20 p.